Un scandale dans la police lyonnaise

Trois ans plus tôt, un scandale révèle l’implication de la brigade des mœurs dans le proxénétisme à Lyon. Pots-de-vin et exploitation directe d’hôtels de passe mettent en cause la police lyonnaise.

Pour prendre ses distances avec l’affaire, les autorités déclenchent un grand « nettoyage ». Les hôtels de passe ferment, les revenus des prostituées sont imposés et, dans le même temps, les femmes reçoivent amendes et peines de prison pour sollicitation.

Punies mais pas protégées

Lorsque trois prostituées lyonnaises sont assassinées, les femmes estiment que la police ne les protège pas. Leur constat devient un mot d’ordre : pour les punir, l’État est présent ; pour les protéger, il disparaît.

Elles prennent contact avec des militants du clergé. Bien que généralement abolitionnistes, ces religieux trouvent avec elles une cause commune : la défense de conditions de vie et de travail saines et dignes.

2 juin 1975 : l’église occupée

Le 2 juin 1975, les femmes s’installent dans l’église Saint-Nizier et déclarent une grève de la prostitution. La police hésite d’abord à intervenir dans un lieu sacré.

Quatre jours plus tard, le mouvement s’étend : des prostituées occupent une église à Marseille, puis à Grenoble, avant de gagner la chapelle Saint-Bernard à Paris.

Entrée de l’église Saint-Nizier dans le centre de Lyon
L’entrée de l’église Saint-Nizier, au cœur de la Presqu’île lyonnaise. Source · CC0 — domaine public

Huit jours qui marquent Lyon

Ulla, porte-parole des prostituées lyonnaises, engage des négociations avec le maire de Lyon. Elles échouent et le ministre de l’Intérieur ordonne finalement l’intervention.

Après huit jours et huit nuits d’occupation, la police évacue violemment les femmes de Saint-Nizier. Le gouvernement lève ensuite les peines de prison et la pression policière se relâche. La victoire n’est pas totale, mais le progrès est réel.

L’église Saint-Nizier demeure ainsi un lieu majeur de l’histoire sociale de Lyon. Ce récit rappelle que le patrimoine lyonnais est aussi fait de luttes, de voix collectives et de droits conquis.